Elle m’a dit : viens ! | Jean Genat
Une feuille d’automne en marque-page.
Un thé chaud, mon Rhodia, mon stylo.
Une forte appartenance, une émotion vive.
Une bougie, petite flammèche.
Une nuit dissipée, une envie renouvelée.
Un plaisir.
Tiens, une infidélité de début de phrase.
L’avez-vous remarqué ?
Jouer, lancer un mot, une phrase.
Une retombée.
Une montre à gousset.
Une trace d’un aïeul.
Une page noircie, un rire, un sourire.
Une histoire autre que la mienne.
Une jalousie ?
Non, la passion de l’autre.
J’aime !
Ce qui est dit entre ces pages, mes fragments leur font écho. Ils partagent.
Ainsi va la littérature, des grands, des petits, des minuscules.
Chacun est accueilli, comme si…
il était le seul petit génie.
L’école de la République devrait en faire autant.
Trouver les mots, les encouragements.
Mais…
La sélection fait rage, de la maternelle au primaire.
Le collège vous brise les reins.
Au lycée, il ne faut pas y songer.
Bulletin : trop médiocre, ne passera pas en classe supérieure.
Tu prends cela comme la vérité des sages. Tu ne sais pas que c’est de la pure bêtise, de la paresse, un manque de remise en question.
Bien sûr, tu aurais pu faire plus d’efforts, n’en parlons plus.
La littérature m’a accueilli comme l’enfant prodige. Elle était aveugle, son amour de moi était trop grand.
Lancer un mot, un autre, une histoire, un fragment.
Quel étourdissement !
Tout est bien.
Elle m’a accueilli sans me juger.
Elle m’a dit : viens !
Elle m’a aimé.