La violoniste en blanc | Quand la musique fait taire la guerre — Jean Genat
Une silhouette se détache de la peine ombre.
Elle tourne, virevolte, joue.
Son instrument exprime bien plus que des sentiments.
Des sons venus de l’étrange, magicienne de l’archet, son violon étincelle.
Elle provient du merveilleux, plus loin que le réel.
Le monde emporté par les flammes.
Elle ne semble y prêter aucune attention.
Que vaut le bruit des canons, confronté à l’ultime son ?
Les obus passent, les balles aussi, elle demeure intacte.
Dans sa robe blanche, que fait-elle dans l’innommable ?
Elle joue, les instruments de mort perdent leurs voix.
Elle impose ses colombes. Elle tournoie les yeux mi-clos.
La guerre fait rage.
Quelle est sa vérité ?
Le ciel s’embrasse du déraisonnable.
Sa réalité n’est plus la nôtre, belle dextérité, virtuosité.
Le beau, ici, sur cette terre de désolation
Oublié des Dieux, folie de l’homme.
Sa tonne, encore et toujours.
Elle joue plus fort, submerge le flot de sang.
Une fleur a poussé dans cet enfer.
L’extravagant est dans l’archet, l’instrument étourdit.
Le combattant écarte ses souffrances.
Les canons se reposent, les fusils délaissés.
Même les drones ne volent plus.
Bien de vies épargnées.
A cause, grâce à la musicienne à la robe immaculée.
Seul son violon est en feu, son archet, sa munition.
Les soldats se mettent à espérer…
ET…
La violence reprend.
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