La voilà | Rêver de pluie dans un monde qui s’assèche — Jean Genat
Accoudé à ma fenêtre, je rêve.
D’un jour de pluie, d’un sol meuble.
Aucun nuage à l’horizon. Pourtant, dans un demi-sommeil, je perçois un filet d’eau qui coule.
Est-ce vrai ?
Dame Nature voudrait me faire un cadeau. Je m’éveille.
Rien.
Ciel clair, étoilé.
Morphée me rappelle, et le petit miracle se rejoue.
Maintenant, je sais que ce n’est qu’une illusion née de mon désir profond.
Entre deux mondes, ni tout à fait dans l’un, ni tout à fait dans l’autre.
Ma pluie s’écoule ; un orage au loin. Je compte jusqu’à huit avant le grondement.
C’est un jeu entre chien et loup.
L’automne s’avance avec peine, les sols secs nous disent leurs douleurs.
Mais ce soir, cette nuit, je ne sais, tout est redevenu comme avant.
Septembre pluvieux.
Qui aurait pu prédire ce qui nous arrive ?
Le GIEC, peut-être, de tristes sires aux désespoirs prononcés.
Et s’ils avaient raison ?
Aujourd’hui, si je veux un jour de pluie, il faut que j’aille le chercher dans l’ailleurs.
Accoudé à ma fenêtre, les yeux mi-clos, j’efface de ma mémoire ce grand tourment climatique.
Il pleut !
Il pleut comme vache qui pisse.
C’est ce que nous disions hier, il y a si longtemps.
Un K-Way, une parka, des bottes, moi sautant joyeusement dans les flaques.
Vilain garnement.
La terre est si sèche, mes vitres sont silencieuses.
Et pourtant, dans un demi-sommeil…
La voilà.
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