L’homme au visage de côté | Jean Genat
L’homme au visage de côté me regarde dans mon oblicité.
Le nez aquilin, les lèvres serrées.
Grand parmi les petits.
Beau musée. Assis, je le toise à mon tour.
Il n’a pas l’air de s’en apercevoir.
Suis-je insignifiant ?
Pour qui se prend-il ?
Grossier personnage !
Voilà que je gourmande mon juge au visage émacié.
Il est venu des temps immémoriaux.
Partagerait-il un peu de sa sagesse ?
En a-t-il une ?
Sa froideur me fait peur.
Ne peux-tu pas donner un peu dans l’émotion ?
Je parle, parle, véritable moulin à vent devant cette toile gigantesque.
Même les personnages près de lui sont minuscules.
Importance ou…
A-t-il pris le melon dans sa toute-puissance ?
Le pouvoir grise la matière grise.
J’aimerais le rejoindre, découvrir son secret.
En a-t-il un ?
Coup de chance ou considérable naissance ?
Sang bleu ou bien trop rouge ?
Je ressens son oblicité.
Va-t-il dire une de ces phrases qui resteront dans l’histoire ou une banalité ?
C’est bien connu, les grands de ce monde sont de mauvais poètes.
Aïe ! Aïe ! Aïe !
Un léger rictus, son regard se déplace, me foudroie.
Je quitte ma position, c’est plus prudent.
Je reviendrai à la nuit tombée, en catimini.
Excusez, Votre Grandeur !
Pardon de vous avoir dérangé dans votre notoriété.
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