Adieu l’artiste ! Quand l’œuvre échappe à son créateur — Jean Genat
Une artiste pressée d’inscrire sa toile dans le temps.
Petit problème, elle est immense.
Chaque coup de pinceau est une indécision.
Une correction, ici ou là, un doute.
Les personnages semblent la guider, juchée qu’elle est sur son échelle.
Elle ne voit pas que sa toile prend vie.
En sera-t-elle la maîtresse jusqu’au bout ?
Course sur la toile à travers le temps.
Un personnage semble lui dire quelque chose.
Elle n’écoute pas et se croit le dieu de cette peinture.
Tous la regardent, un conciliabule s’engage.
Faut-il garder cette artiste peintre ?
Chacun y va de sa formule.
Cette toile est bien trop vivante.
Elle le constate, son geste devient moins fluide, une anxiété la submerge.
Je suis ; vous n’êtes pas !
C’est son cri du cœur.
On n’a jamais vu ça !
Vous devez m’obéir ! leur dis-je sèchement.
C’est un combat de l’œuvre et de l’artiste.
Un autre personnage terminé, le petit dernier veut mettre son grain de sel.
Belle cacophonie.
L’artiste a envie de tout arrêter et de brûler cette maudite toile.
Un je-ne-sais-quoi la retient.
La voilà au coin opposé.
Dernière retouche.
Elle descend de son piédestal à degrés.
Regarde sa toile de loin.
Constate qu’elle a sa propre existence.
Sans faire de bruit, elle range ses pinceaux, s’éloigne doucement.
Adieu l’artiste !